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La question, en quoi la poësie difere de la prose, est une des plus compliquée.
[317] En quoi la poësie difere-t elle de la prose? Cette question, dificile à resoudre, en fera naître plusieurs autres qui ne le seront gueres moins: il n'y en a pas d'aussi compliquée. Si nous considérions la poësie & la prose d'une maniere générale, la comparaison que nous en ferions, ne nous donneroit que des résultats bien vagues; & si, considérant dans chacune les genres diférens, nous voulions comparer genre à genre, il faudroit faire des analises sans fin. Bornons-nous à quelques observations.
La poësie a un stile diférent de celui de la prose, lorsqu'elle traite des sujets diférens.
[318] Nous avons vu que le stile doit varier suivant les sujets qu'on traite. Donc autant la poësie aura de sujets à traiter, autant elle aura de stiles diférens.
Donc encore elle aura un stile à elle toutes les fois que les sujets ne seront qu'à elle. Mais son stile fera-t-il, au mécanisme près, le même que celui de la prose, toutes les fois qu'elle traitera les mêmes sujets?
& lorsqu'en traitant les mêmes sujets, elle a une fin diférente.
Il faut considérer, si, en traitant les mêmes sujets, la poësie & la prose se font chacune une fin particuliere, ou si toutes deux elles ont la même. Dans le premier cas, autant de fins diférentes, autant de stiles diférens.
Comment la fin de la poësie difere en général de la fin de la prose.
La fin de tout écrivain est d'instruire ou de plaire, ou de plaire & d'instruire tout-à-la fois. Il plait en parlant aux sens, en frapant l'imagination, en remuant les passions: il instruit en donnant des connoissances, en dissipant des préjugés, en détruisant des erreurs, en combattant des vices & des ridicules.
Ces deux fins, quoique diférentes, ne s'excluent pas. Cependant, lorsqu'on a l'une & l'autre, on peut paroître n'avoir que l'une des deux: on peut afficher qu'on ne veut que plaire, & néanmoins chercher encore à ins[319]truire; on peut afficher qu'on ne veut qu'instruire, & néanmoins chercher encore à plaire.
Telle est donc en général la diférence qu'on peut remarquer entre le poëte & le prosateur: c'est que le premier affiche qu'il veut plaire, & s'il instruit, il paroît cacher qu'il en ait le projet; le second au contraire affiche qu'il veut instruire, & s'il plait, il ne paroît pas en avoir formé le dessein.
Elles ont quelque fois la même fin.
Les genres tendent toujours à se confondre. Envain nous les écartons pour les distinguer, ils se raprochent bientôt, & aussitôt qu'ils se touchent, nous n'apercevons plus entr'eux les limites que nous avons tracées. Quelquefois le poëte, empiétant sur le prosateur, paroît afficher qu'il ne veut qu'instruire, quelquefois aussi le prosateur, empiétant sur le poëte, paroît afficher qu'il ne veut que plaire. Ils peuvent donc, en traitant les mêmes sujets, avoir encore la même fin.
Lorsque la poësie traite les mêmes sujets que la prose, & qu'elle a la même fin, elle doit encore avoir un stile diférent, parce qu'elle doit s'exprimer avec plus d'art.
Alors le stile de l'un rentre dans le stile de l'autre, & il est dificile de bien déterminer en quoi ils diferent. Cependant il doit avoir encore quelque diférence. En effet, si le mécanisme du vers annonce plus d'art, il faut, pour que tout soit d'acord, qu'il y ait aussi plus d'art dans le choix des expressions.
[320] Il y a donc trois choses à considérer dans le stile: le sujet qu'on traite, la fin qu'on se propose, & l'art avec lequel on s'exprime. Les deux premieres peuvent être absolument les mêmes pour le poëte & pour le prosateur: il n'en est pas ainsi de la derniere. Elle est commune à l'un & à l'autre; mais elle ne l'est pas dans le même degré: le poëte doit écrire avec plus d'art.
Si, par conséquent, la poësie a, comme la prose, autant de stiles que de sujets; elle a encore un stile à elle, lors même qu'elle traite les mêmes sujets que la prose, & qu'elle a la même fin. Ce qui la caractérise, c'est de se montrer avec plus d'art, & de n'en paroître pas moins naturelle.
Les analises d'un cöté, & les images de l'autre sont les genres les plus oposés.
Les genres les plus oposés sont d'un côté les analises & de l'autre les images; & c'est en observant ces deux genres qu'on remarque une plus grande diférence dans le stile des écrivains.
Le philosophe analise pour découvrir une vérité, ou pour la démontrer. S'il emploie quelquefois des images, c'est moins parce qu'il veut peindre, que parce qu'il veut rendre une vérité plus sensible; & les images sont toujours subordonnées au raisonnement.
[321] Un écrivain, qui veut peindre & qui ne veut que peindre, écrit sur des vérités connues, ou sur des opinions qu'on regarde comme autant de vérités. N'ayant pas besoin de décomposer ses idées, il les présente par masses: ce sont des images où son sujet se retrouve, jusques dans les écarts qu'il paroît faire. S'il raisonne, c'est uniquement pour donner plus de vérité aux tableaux qu'il fait; & ses raisonnemens, toujours subordonnés au dessein de peindre, ne sont que des résultats précis, rapides, & renfermés quelquefois dans une expression qui est une image elle-même.
La poësie lirique est celle à qui ce caractere convient davantage. La plus grande diférence est donc entre le stile du philosophe & celui du poëte lirique.
Entre ces deux genres sont tous ceux qu'on peut imaginer.
Dans l'intervale, que laissent ces deux genres, sont tous ceux qu'on peut imaginer; & les stiles diferent suivant qu'ils s'éloignent du stile d'analise, pour se raprocher du stile d'images, ou qu'ils s'éloignent du stile d'images, pour se raprocher du stile d'analise. L'ode, le poëme épique, la tragédie, la comédie, les épitres, les contes, les fables &c., tous ces genres ont un caractere qui leur est propre, en sorte que le ton naturel à l'un est [322] étranger à tous les autres; & si nous descendons aux especes, dans lesquelles chacun se soudivise, nous trouverons encore autant de stiles diférens.
Souvent il n'est pas possible de nous acorder sur les jugemens que nous portons du stile propre à chaque genre.
Le stile varie donc, en quelque sorte, à l'infini; & il varie quelquefois par des nuances si imperceptibles, qu'il n'est pas possible de marquer le passage des unes aux autres. Alors il n'y a point de regles pour s'assurer de l'effet des couleurs qu'on emploie: chacun en juge diféremment, parce qu'on en juge d'après les habitudes qu'on s'est faites; & souvent on a bien de la peine à rendre raison des jugemens qu'on porte.
C'est que nous nous faisons des regles diférentes, suivant les habitudes que nous avons contractées.
Nous n'avons tant de peine à nous acorder à ce sujet, que parce que les regles que nous nous faisons, changent nécessairement comme nos habitudes, & sont, par conséquent, fort arbitraires. Nous voulons tout-à-la fois dans le stile de l'art & du naturel: nous voulons que l'art s'y montre jusqu'à un certain point: nous en exigeons plus dans quelques genres, moins dans d'autres; & lorsqu'il est dispensé suivant les mesures arbitraires que nous nous sommes faites, il constitue le naturel, bien loin de le détruire. C'est ainsi que le langage d'un esprit cultivé est na[323]turel, quoique bien diférent du langage d'un esprit sans culture.
Les bons modeles dans chaque genre nous tiennent lieu de regles.
Or nous entendons, par un esprit cultivé, un esprit qui joint l'élégance aux connoissances; & quand nous disons élégance, nous nous servons d'un mot, dont l'idée, soumise au caprice des usages, varie comme les mœurs, & n'est jamais bien déterminée. Mais comme il est donné à quelques personnes d'être des modeles de ce que nous apellons manieres élégantes, il est donné à quelques écrivains d'être, dans leur genre, des modeles de ce que nous apellons stile élégant, & leurs écrits nous tiennent lieu de regles.
Quoiqu'on entende donc par cette élégance, il est certain qu'elle ne doit jamais cesser de paroître naturelle; & cependant il n'est pas douteux qu'il ne faille beaucoup d'art pour la donner toujours au stile. Si elle étoit uniquement fondée dans la nature des choses, il seroit facile d'en donner des regles; ou plutôt l'unique regle seroit de se conformer au principe de la plus grande liaison des idées. Mais parce qu'elle est en partie fondée sur des usages qui ne plaisent que par habitude, il arrive que, si elle est à certains égards la même pour toutes les langues & pour tous [324] les tems, elle est à d'autres égards diférente d'une langue à l'autre, & elle change avec les générations. Voila pourquoi l'étude des écrivains qui sont devenus des modeles, est l'unique moyen de connoître l'élégance, dont chaque genre de poësie est susceptible.
L'art entre plus ou moins dans ce qu'on nomme stile naturel.
L'art entre donc plus ou moins dans ce que nous nommons naturel. Tantôt il ne craint pas de paroître, tantôt il semble se cacher; il se montre plus dans une ode, que dans une épitre; dans un poëme épique, que dans une fable. Si quelquefois il disparoît dans la prose, s'il faut même qu'il disparoisse, ce n'est pas qu'on écrive bien sans art, c'est que l'art est devenu en nous une seconde nature. En effet, pour juger combien il est nécessaire, il suffit de considérer que nous ne saurions pas écrire, si nous n'avions pas apris.
Quand le stile n'a pas tout l'art que le genre d'un ouvrage annonce, il est au dessous du sujet; & au lieu de paroître naturel, il paroît trop familier ou trop commun. Quand il en a plus, il est forcé ou affecté. Il n'est donc naturel, qu'autant que l'art est d'acord avec le genre dans lequel on écrit; & cet acord en fait toute l'élégance. Mais ce sont là des choses dificiles à déterminer, lorsqu'il [325] s'agit du stile poëtique, parce qu'il y entre plus d'arbitraire que dans celui de la prose.
On se fait une idée vague du naturel, parce qu'on est porté à prendre ce mot dans un sens absolu.
Nous nous imaginons volontiers avoir des idées absolues de toutes les choses dont nous parlons, jusques-là qu'il faut quelque réflexion pour remarquer que les mots grand & petit ne signifient que des idées rélatives. Ainsi, lorsque nous disons que Racine, Déspréaux, Bossuet & madame de Sévigné écrivent naturellement, nous sommes portés à prendre ce mot dans un sens absolu, comme si le naturel étoit le même dans tous les genres; & nous croyons toujours dire la même chose, parce que nous nous servons toujours du même mot.
Nos jugemens à cet égard dépendent des dispositions où nous sommes.
Nous ne tombons dans cette erreur, que parce que nous ne remarquons pas tous les jugemens que nous portons; & que néanmoins nos jugemens sont diférens, suivant les dispositions où nous sommes; dispositions que nous ne remarquons pas davantage, & auxquelles nous obéissons à notre insçu.
En effet, au seul titre d'un ouvrage, nous sommes disposés à desirer dans le stile plus ou moins d'art; parce que nous voulons que tout soit d'acord avec l'idée que nous nous faisons du genre. Nous ne nous disons pas [326] à la vérité ce que nous entendons par cet acord, nous ne déterminons rien à cet effet: contens de sentir confusément ce que nous desirons, nous aprouvons, nous condamnons; & nous suposons que le naturel est toujours le même, parce que la notion vague, que nous atachons à ce mot, se retrouve dans toutes les acceptions dont il est susceptible. Mais, si nous savions observer le sentiment qui, en pareil cas, nous conduit mieux que la réflexion; nous verrions, que toutes les fois que les genres diferent, nous sommes disposés diféremment, & qu'en conséquence nous jugeons d'après des regles diférentes.
Lorsque je vais commencer la lecture de Racine, mes dispositions ne sont pas les mêmes que lorsque je vais commencer celle de Mad.e de Sévigné. Je puis ne pas le remarquer, mais je le sens; & en conséquence je m'attends à trouver plus d'art dans l'un & moins dans l'autre. D'après cette attente, dont même je ne me rends pas compte, je juge qu'ils ont tous deux écrit naturellement; & en me servant du même mot, je porte deux jugemens qui diferent autant, que le stile d'une lettre difere de celui d'une tragédie.
Ce que nous nommons naturel, n'est que l'art tourné en habitude.
[327] Pour achever de déterminer nos idées sur ce que nous nommons naturel, il faut considérer que nous devons à l'art tout ce que nous avons aquis, & que proprement il n'y a de naturel en nous que ce que nous tenons uniquement de la nature.
Or la nature ne nous fait pas avec telle ou telle habitude, elle nous y prépare seulement; & nous sommes, au sortir de ses mains, comme une argile, qui, n'ayant par elle-même aucune forme arrêtée, reçoit toutes celles que l'art lui donne. Mais parce qu'on ne fait pas démêler ce que ces deux principes font chacun séparément, on attribue au premier plus qu'il ne fait, & on croit naturel ce que le second produit. Cependant l'art nous prend au berceau, & nos études commencent avec le premier exercice de nos organes. Nous en serions convaincus, si nous jugions des choses que nous avons aprises dans notre enfance, par les choses que nous sommes obligés d'aprendre aujourd'hui, ou par celles que nous nous souvenons d'avoir étudiées.
Quand nous admirons, par exemple, dans un danseur le naturel des mouvemens & des attitudes, nous ne pensons pas sans doute qu'il se soit formé sans art; nous jugeons seu[328]lement que l'art est en lui une habitude, & qu'il n'a plus besoin d'étude pour danser comme nous n'en avons plus besoin pour marcher. Or l'art se concilie avec le naturel de la poësie, comme avec celui de la danse; & le poëte est, en quelque sorte, au prosateur, ce qu'est le danseur à l'homme qui marche.
Le naturel consiste donc dans la facilité qu'on a de faire une chose, lorsqu'après s'être étudié pour y réussir, on y réussit enfin sans s'étudier davantage: c'est l'art tourné en habitude. Le poëte & le danseur sont également naturels, lorsqu'ils sont parvenus l'un & l'autre à ce degré de perfection, qui ne permet plus de remarquer en eux aucun effort pour observer les regles qu'ils se sont faites.
Pour déterminer le naturel propre à chaque genre de poësie, il faut observer les circonstances, qui ont concouru à former le stile poëtique.
Mais à peine on a résolu une question sur cette matiere, qu'il s'en présente plusieurs autres. Qu'est-ce que l'art, demandera-t-on? qu'est-ce que le beau qui en est l'effet? & comment s'aquiert le goût qui juge du beau? Il est certain que le naturel, propre à chaque genre de poësie, ne peut être déterminé, qu'après qu'on aura répondu à toutes ces questions. Mais comment y répondre, si on n'a pas des idées précises de ce qu'on nomme [329] art, beau & goût? & comment donner de la précision à ces idées, si elles changent de peuple en peuple & de génération en génération? Il n'y a qu'un moyen de s'entendre sur un sujet si compliqué; c'est d'observer les circonstances qui concourent, suivant les tems & suivant les lieux, à former ce qu'on apelle, dans chaque langue, stile poëtique.
L'art change, lorsqu'il fait des progrès, & lorsqu'il tombe en décadence.
L'art n'est que la collection des regles dont nous avons besoin pour aprendre à faire une chose. Il faut du tems, avant de les connoître, parce qu'on ne les découvre qu'après bien des méprises. Lorsque la découverte en est encore nouvelle, on s'aplique à les observer, & les chefs-d'œuvre se multiplient dans chaque genre. Bientôt, parce qu'on ne fait plus faire aussi bien en les observant, on les néglige dans l'espérance de faire mieux, & on fait plus mal. On finit comme on à commencé, c'est-à-dire, sans avoir de regles. Ainsi l'art a ses commencemens, ses progrès & sa décadence.
Notre goût éprouve les mêmes variations.
Il subit toutes les variations des usages & des mœurs. Il obéit sur-tout au caprice de ces écrivains, qui ayant tout-à-la fois de la singularité & du génie, sont faits pour donner le ton à leur siecle. Il change donc con[330]tinuellement nos habitudes, & notre goût, qui varie avec elles, change aussi continuellement les idées que nous nous faisons du beau. C'est une mode qui succede à une autre, & qui, passant bientôt elle-même, est remplacée par une plus nouvelle. Alors on a pour toute regle que ce qui plait est beau, & on ne songe pas que ce qui plait aujourd'hui, ne plaira pas demain.
Ainsi que le mot naturel, les mots beau & goût n'ont d'ordinaire qu'un sens vague.
Ainsi que le mot naturel, les mots beau & goût considérés dans la bouche de tous les peuples & de toutes les générations, n'offrent qu'une idée vague que nous ne saurions déterminer. Cependant tous les hommes parlent de la belle nature, & ils ne connoissent pas d'autre modele. Mais ils ne la voient pas également bien, soit que tous n'aient pas la même habitude d'observer, soit qu'ils en jugent lorsqu'ils l'ont à peine aperçue, soit enfin qu'ils l'observent d'après des préjugés, qui ne permettent pas à tous de la voir de la même maniere. Nos peres ont admiré des poëtes que nous méprisons. Ils les ont admirés, parce qu'ils ont cru voir la belle nature dans des poëmes informes; & nous les méprisons, parce que nous trouvons la nature plus belle dans des poëmes écrits avec plus d'art.
Le beau se trouve dans les derniers progrès qu'ont fait les arts.
[331] Du peu d'acord à cet égard entre les âges & les nations, il ne faudroit pas conclure qu'il n'y point de regles du beau. Puisque les arts ont leurs commencemens & leur décadence, c'est une conséquence que le beau se trouve dans le dernier terme des progrès qu'ils ont faits. Mais quel est ce dernier terme? Je réponds qu'un peuple ne le peut pas connoître, lorsqu'il n'y est pas encore; qu'il cesse d'en être le juge, lorsqu'il n'y est plus; & qu'il le sent, lorsqu'il y est.
Nous nous en ferons une idée, en observant un peuple chez qui les arts ont eu leur enfance & leur décadence.
Nous avons un moyen pour en juger nous-mêmes; c'est d'observer les arts chez un peuple, où ils ont eu successivement leur enfance, leurs progrès & leur décadence. La comparaison de ces trois âges donnera l'idée du beau, & formera le goût. Mais il faudroit en quelque sorte, oubliant ce que nous avons vu, revivre dans chacun de ces âges.
Jugemens que nous porterions, si nous vivions dans le premier âge des arts.
Transportés dans celui où les arts étoient à leur enfance nous admirerions ce qu'on admiroit alors. Peu dificiles nous exigerions peu d'invention, encore moins de corection. Il suffiroit, pour nous plaire, de quelques traits heureux ou nouveaux; & comme nous n'aurions encore rien vu, ces sortes de traits se multiplieroient facilement pour nous.
Jugemens que nous porterions dans le second âge.
[332] Dans le suivant, acoutumés à remarquer dans les ouvrages plus d'invention & plus de corection, il ne suffiroit plus de quelques traits pour nous plaire. Nous comparerions ce qui nous plairoit alors, avec ce qui nous auroit plu auparavant. Nous nous confirmerions tous les jours dans la nécessité des regles; & notre plaisir, dont les progrès seroient les mêmes que ceux des arts, auroit comme eux, son dernier terme.
Nous verrions que ce qui a plu, peut cesser de plaire; que le plaisir, par conséquent, n'est pas toujours le juge infaillible de la bonté d'un ouvrage; qu'il faut savoir comment, & à qui on plait; & que, pour s'assurer un succès durable, il faut, sans s'écarter des regles que les grands maîtres se sont prescrites, mériter les suffrages des hommes dont le goût s'est perfectionné avec les arts. Ils sont les seuls juges, parce que dans tous les tems on jugera comme eux, quand on aura, comme eux, beaucoup senti, beaucoup observé, beaucoup comparé.
Comment, dans le second âge, on se fait l'idée du beau.
Les chefs-d'œuvre du second âge nous offrent donc, à quelques défauts près, des modeles du beau. Ils sont ce que nous apellons la belle nature: ils en sont au moins l'imita[333]tion: & c'est en les étudiant que nous découvrons le caractere propre au genre dans lequel nous voulons écrire.
Je dis à quelques défauts près, parce que dans le second âge nous aprenons à connoître des défauts, ce qu'on ne fait pas faire dans le premier, où tout ce qui fait quelque sorte de plaisir, est regardé comme parfait. II faut avoir vu des chefs-d'œuvre pour être capable de sentir ce qui manque à certains égards à ce qui est en général bien. C'est alors que, retranchant les défauts, nous imaginons un ouvrage corect dans toutes ses parties..
Il faut donc aporter dans l'étude des arts un esprit d'observation & d'analise, pour imaginer le modele d'un beau parfait. Par conséquent, il ne suffit pas de concevoir ce modele, pour en donner l'idée à d'autres: il faut encore que ceux à qui on la veut communiquer, soient également capables d'observer & d'analiser. Si on se contentoit de définir le beau, on ne le feroit pas connoître; parce que l'expression abrégée d'une définition ne sauroit répandre la même lumiere, qu'une analise bien faite. Mais parce qu'une méthode analitique demande une aplication, dont peu d'esprits sont capables; les uns veulent des [334] définitions, les autres en donnent, & on ne s'entend pas.
Jugemens que nous portons dans le troisieme âge.
Tant que le goût fait des progrès, la passion pour les arts croît avec le plaisir qu'ils font. Lorsqu'il est parvenu à son dernier terme, cette passion cesse de croître, parce que le plaisir ne croît plus, & qu'il décroît au contraire, le beau n'ayant plus pour nous l'attrait de la nouveauté. Il arrive alors que, comme on juge avec plus de connoissance, on s'aplique plus à voir les défauts, qu'à sentir les beautés: or nous en voyons toujours, parce que les ouvrages de l'art ne sont jamais aussi parfaits que les modeles que nous imaginons. Cependant le plaisir de discerner jusqu'aux plus légeres fautes, affoiblit, éteint même le sentiment, & ne nous dédommage pas des plaisirs qu'il nous enleve. Il en est ici de l'analise, comme en chimie: elle détruit la chose, en la réduisant à ses premiers principes. Nous sommes donc entre deux écueils. Si nous nous abandonnons à l'impression que le beau fait sur nous, nous le sentons sans pouvoir nous en rendre compte: si au contraire nous voulons analiser cette impression, elle se dissipe, & le sentiment se refroidit. C'est que le beau consiste dans un acord dont on peut [335] encore juger, quand on le décompose; mais qui ne peut plus produire le même effet.
Le goût commence donc à tomber, aussitôt qu'il a fait tous les progrès qu'il peut faire; & sa décadence a, pour époque, le siecle qui se croit, & qui est en effet le plus éclairé. Alors parce qu'on raisonne mieux sur le beau, on le sent moins. On cherche des défauts dans les modeles qu'on a admirés: on se flate de surpasser les modeles, parce qu'on croit pouvoir éviter les défauts. Mais comme on les suit de loin, sans jamais les atteindre, on se dégoûte bientôt de marcher sur leurs traces; & prenant alors une autre route, dans l'espérance de les devancer, on s'égare tout-à-fait. C'est ainsi que le goût se déprave dans le troisieme âge des arts: & il se déprave, lorsque la carriere, qui s'ouvre, paroît offrir un champ plus libre; lorsqu'on plaint ceux qui se sont donné des entraves, en s'assujettissant à des regles; & lorsque, se croyant plus éclairés, on ne veut plus suivre que ce qu'on apelle son génie. Quelques beaux détails, souvent déplacés, peu d'acord, peu d'ensemble, point de naturel, un ton maniéré, recherché, précieux, voila ce qu'on remarque alors dans les ouvrages.
Les chef-d'œuvre du second âge déterminent le naturel propre à chaque genre de stile.
[336] De tout ce que nous avons dit, il resulte que le beau se trouve dans les chefs-d'œuvre du second âge. Voulez-vous donc savoir en quoi la poësie difere de la prose, & comment elle varie son stile dans chaque espece de poëme? Lisez les grands écrivains, qui ont déterminé le naturel propre à chaque genre: étudiez ces modeles: sentez, observez, comparez. Mais n'entreprenez pas de définir les impressions qui se font sur vous: craignez même de trop analiser. Il faut le dire, rien n'est plus contraire au goût que l'esprit philosophique: c'est une vérité qui m'échape.
L'acord entre le sujet, la fin & les moyens, fait toute la beauté du stile.
Il ne s'agit donc pas de nous engager jusques dans les dernieres analises. Il suffit de considérer en général, que ce n'est pas assez, pour bien écrire, de produire des sentimens agréables: il faut produire ceux qui doivent naître du sujet qu'on traite, & qui doivent tendre à la fin qu'on se propose. En un mot, l'acord entre le sujet, la fin & les moyens fait toute la beauté du stile.
Il supose que les idées s'offrent dans la plus grande liaison.
Cet acord supose que les idées s'offrent dans une si grande liaison, qu'elles paroissent s'être arangées d'elles-mêmes, & sans étude de notre part. C'est un principe que nous avons suffisamment dévelopé. Mais si ce prin[337]cipe détermine en général ce qui rend le stile naturel, il ne suffit pas pour déterminer le naturel propre à chaque genre.
Il dépent encore de différentes associations d'idées, qui déterminent le caractere propre à chaque genre.
Pourquoi trouve-t-on dans la Henriade de M.r de Voltaire le stile de l'épopée; dans les tragédies de Racine, celui de la tragédie; & dans les odes de Rousseau, celui du poëme lirique? & pourquoi serions nous choqués, si ces genres diférens empruntoient le stile les uns des autres? C'est que chacun d'eux est dans notre esprit le résultat de diférentes associations d'idées, d'après lesquelles nous jugeons, quoiqu'il nous soit dificile de dire en quoi elles consistent. Nous voyons seulement qu'elles sont l'ouvrage des grands écrivains qui ont su nous plaire; & que, les ayant adoptées, parce qu'elles nous ont plu, le seul moyen de nous plaire encore est de les adopter avec nous.
Ces associations d'idées varient comme l'esprit des grands poëtes, & rendent le stile poëtique tout-à-fait arbitraire.
Le stile poëtique est donc, plus que tout autre, un stile de convention: il est tel dans chaque espece de poëme. Nous le distinguons de la prose au plaisir qu'il nous fait, lorsque l'art, se conciliant avec le naturel, lui donne le ton convenable au genre dans lequel un poëte a écrit; & nous jugeons de ce ton d'après les habitudes, que la lecture des grands [338] modeles nous a fait contracter. C'est tout ce qu'on peut dire à ce sujet. Envain tenteroit-on de découvrir l'essence du stile poëtique: il n'en a point. Trop arbitraire pour en avoir une, il dépend des associations d'idées, qui varient comme l'esprit des grands poëtes; & il y en a d'autant d'especes, qu'il y a d'hommes de génie, capables de donner leur caractere à la langue qu'ils parlent.
Elles varient comme l'esprit des peuples.
Si ces associations varient comme l'esprit des poëtes, elles varient à plus forte raison comme l'esprit des peuples, qui ayant des usages, des mœurs & des caracteres diférens, ne sauroient s'acorder à associer toutes leurs idées de la même maniere. C'est pourquoi de deux langues, également parfaites, chacune a ses beautés, chacune a des expressions dont l'autre n'a point d'équivalent: elles luttent, pour ainsi dire, dans la traduction tour-à-tour avec avantage, & rarement à forces égales. Cependant les beautés, qui ne peuvent passer de l'une à l'autre, n'en sont pas moins naturelles à celle qui les a exclusivement; parce qu'en effet rien n'est plus naturel que des associations d'idées, dont nous nous sommes fait une habitude.
Les observations qu'en seroit à ce sujet, donneroient d'une langue à l'autre des résultats diferens.
Si ces associations étoient les mêmes chez tous les peuples, les genres de stile auroient, [339] dans toutes les langues, le même caractere, & il seroit plus facile de remarquer en quoi ils se distingueroient les uns des autres. Mais puisqu'elles varient, il est évident que les observations qu'on seroit sur ce sujet, donneroient d'une langue à l'autre des resultats tout diférens.
C'est donc une chose sur laquelle on ne peut point donner de regles générales.
L'acord, dont nous avons parlé, & qui, comme nous l'avons dit fait tout le naturel, du stile, consiste donc en partie dans le dévelopement des pensées, suivant la plus grande liaison des idées, & en partie dans certaines associations qui sont particulieres à chaque genre de poëme.
Le dévelopement des pensées doit se faire dans toutes les langues, suivant la plus grande liaison des idées. Toutes à cet égard sont assujetties aux mêmes lois; parce que ce sont, comme nous l'avons fait voir, autant de méthodes analitiques, qui ne diferent, que parce qu'elles se servent de signes diférens. Les associations d'idées, au contraire, sont diférentes d'une langue à l'autre; &, par conséquent, elles ne sauroient être soumises à aucune loi générale. On voit donc que les observations, dans lesquelles elles nous engageroient, se multiplieroient à l'infini; & qu'il faut se bor[340]ner à les étudier dans les écrivains, qui sont devenus des modeles.
Ces associations d'idées font que le stile de la poësie diferoit plus pour les anciens de celui de la prose, qu'il n'en difere pour nous.
On remarque sur-tout une grande diférence entre les associations d'idées quand on compare les langues mortes aux langues modernes; & on sent que pour les anciens le stile de la poësie diféroit plus que pour nous de celui de la prose. Pourquoi donc n'en paroissoit-il pas moins naturel? C'est qu'il avoit emprunté son caractere des usages, des mœurs & de la religion; & que les choses les plus étonnantes ou même les plus absurdes sont natureles pour un peuple, lorsqu'elles sont dans l'analogie de ses habitudes & de ses préjugés. La fable étoit un champ fécond, sur-tout pour les poëtes grecs, qui, en qualité d'historiens & de théologiens, ont été longtems les seuls dépositaires des traditions & des opinions. Nés avec le génie de l'invention, ils ont voulu intéresser, par le merveilleux, des peuples, à qui le merveilleux paroissoit seul vraisemblable; & changeant les traditions au gré de leurs caprices, ils ont créé un sistême de poësie, où tout est à la fois extraordinaire & naturel, & qui par cette raison est le plus ingénieux qu'on pût imaginer.
Comment le langage de fiction est devenu pour les Grecs le langage de la poësie.
[341] Les fables devoient naître chez des peuples aussi crédules que les Grecs, & elles devoient être ingénieuses pour plaire à des hommes dont le genre de vie étoit simple, qui avoient en général des mœurs douces, dont le goût se portoit à la culture des arts, & chez qui l'allégorie devenoit le langage de la morale, & le dépôt de la tradition.
Comment le monde a-t-il été formé? quel culte les dieux exigent-ils de nous? quels ont été les commencemens de chaque société? & quel gouvernement est plus favorable au bonheur des citoyens? Voila les premiers objets de la curiosité des Grecs, dans le tems même où leur ignorance étoit la plus profonde. La poësie, qui seule pouvoit alors répandre les connoissances & les préjugés, se chargea de répondre à toutes ces questions. Elle enseigna la religion, la morale, l'histoire; & paroissant avoir présidé dans le conseil des dieux, elle expliqua la formation de l'univers.
Ignorante elle-même, elle ne pouvoit répondre que par des allégories ingénieuses. Mais enfin elle répondoit, & c'en étoit assez pour contenter des peuples qui n'étoient pas moins ignorans. Elle prit ses premieres fictions dans la tradition confuse des événemens, [342] dont l'éloignement ne permettoit de connoître ni les causes ni les circonstances. Elle en imagina d'autres sur ce modele, & se voyant aplaudie, elle s'enhardit à en imaginer encore. C'est ainsi qu'elle se fit un langage allégorique, qui intéressa tout-à-la fois & par les objets dont elle s'ocupoit, & par la maniere dont elle les traitoit; & la passion avec laquelle elle fut cultivée, consacra d'autant plus ce langage, qu'elle lui dut les succès les plus grands & les plus rapides.
Les peuples modernes n'ont pas pu imaginer de pareilles fictions.
Les nations qui ont envahi l'empire romain, quoiqu'assez ignorantes pour avoir des fables, n'avoient pas, & ne pouvoient pas avoir ce génie, qui embellit jusqu'aux traditions les plus absurdes. Passant tout-à-coup de la privation des choses les plus nécessaires aux superfluités du luxe, tout les éloignoit de cette vie simple où les Grecs avoient été plaçés par d'heureuses circonstances. Les lois leur manquoient: elles ne s'en apercevoient pas, &, par conséquent, elles ne pensoient pas à rendre intéressantes des études qu'elles n'imaginoient pas de faire. Sans aucune sorte de curiosité, elles se trouvoient au sortir des forêts dans des provinces abondantes, où elles jouissoient brutalement des richesses dont elles [343] ne connoissoient pas encore l'usage. Enfin elles ne sentoient que le besoin d'envahir, & l'avidité les rendant tous les jours plus féroces, elles ne paroissoient armées que pour détruire les arts.
Quand elles auroient été capables d'imaginer des fictions, la religion chrétienne n'auroit pas permis d'en mêler à ses dogmes. La vérité, qui se conservoit dans la tradition, ne pouvoit souffrir qu'on l'altérât. D'ailleurs une religion, qui ne parloit pas aux sens, ne pouvoit pas enrichir le langage de la poësie.
Ils ont adopté celles des anciens, & ils les ont cru essentieles à la poësie.
Les circonstances ne nous ayant pas donné à cet egard le génie, ni même le desir d'inventer, nous avons puisé chez les anciens; & nous nous sommes crus poëtes en adoptant leur sistême de poësie, comme nous nous sommes crus savans en adoptant leurs opinions. Mais les fictions de la mithologie ne peuvent être à leur place que dans des sujets, où les anciens les employoient eux-mêmes. Hors de-là elles sont tout-à-fait déplacées, parce qu'elles ne sont analogues ni à nos mœurs, ni à nos préjugés. La poësie n'en a donc plus le même besoin; & si on n'avoit aujourd'hui que le talent d'en faire usage, il seroit aussi ridicule de se croire poëte, qu'il [344] le seroit de se croire bien mis avec les vêtemens des anciens.
Je conviens que, lorsque nous lisons les Grecs ou les Romains, ces fictions ont le même droit de nous plaire qu'à eux; parce qu'alors nous nous représentons leurs mœurs, leurs usages, leur religion, & que nous devenons en quelque sorte leurs contemporains. Voila sans doute ce qui les a fait juger essentieles à la poësie, comme si la poësie devoit être nécessairement dans tous les tems ce qu'elle a d'abord été. On n'a pas vu que, lorsque ces fictions sont transportées dans des tems, où elles sont en contradiction avec les idées reçues, elles perdent toutes leurs graces, & qu'elles n'ont plus ce naturel d'opinion qui en fait tout le prix. Cependant on auroit pu remarquer que les poëmes où elles sont plus nécessaires, sont aujourd'hui ceux qui réussissent le moins.
Enfin nous commençons à faire tous les jours moins usage de la mithologie, & il me semble que c'est avec raison. Pour être poëte, Rousseau n'en a pas besoin, lorsqu'il est soutenu par les grandes idées de l'écriture: mais lorsque cet apui lui manque, il en trouve un bien foible dans des fables, trop peu [345] analogues à nos opinions, & trop usées pour embellir des pensées communes.
Des circonstances diférentes ont donné à notre poësie un caractere diférent de celui de la poësie ancienne.
La poësie, changeant de caractere suivant les tems & les circonstances, a cherché dans la philosophie un dédommagement aux secours qu'elle ne trouve plus dans la fable, & elle s'est ouvert une nouvelle carriere. Tout préparoit cette révolution. Comme la langue grecque s'est perfectionnée, lorsque les fables étoient cheres aux Grecs, & s'en faisoient respecter, parce qu'elles faisoient partie du culte religieux; notre langue s'est perfectionnée précisément dans le siecle où la vraie philosophie a pris naissance parmi nous. Voila pourquoi, toujours jalouse d'être claire & précise, elle est, plus qu'aucune autre, atachée au choix des expressions. Elle n'aime que le mot propre: elle est peut-être la seule qui ne connoisse point de sinonimes: elle veut que les métaphores soient de la plus grande justesse; & elle rejette tous les tours qui ne disent pas, avec la derniere précision, ce qu'elle veut dire.
On a dit que Pascal a deviné ce que deviendroit notre langue. Il seroit mieux de dire qu'il est un de ceux qui a le plus contribué à la rendre telle quelle est aujourd'hui. [346] Il a fait ce qu'on veut qu'il ait deviné. Son goût cherchoit l'élégance, son esprit philosophique cherchoit la clarté & la précision, & son génie a trouvé tout ce qu'il cherchoit. Ses ouvrages, qui étoient entre les mains de tout le monde, ne pouvoient manquer de faire goûter ce choix d'expressions, qui en fait le prix; & dès-lors on s'acoutumoit à exiger de tous les écrivains la même clarté, la même précision & la même élégance.
Depuis Pascal la vraie philosophie a fait de nouveaux progrès, & elle en a fait faire de semblables à notre langue: il falloit même que la lumiere, qui croissoit, se répandît également sur toutes deux; s'il est vrai, comme nous l'avons dit dans la grammaire, qu'il n'y a de clarté dans l'esprit, qu'autant qu'il y en a dans le discours. Notre langue est donc devenue simple, claire & méthodique, parce que la philosophie a apris à écrire, même aux écrivains qui n'étoient pas philosophes.
Quand une fois la clarté & la précision sont le caractere d'une langue, il n'est plus possible de bien écrire, sans être clair & précis. C'est une loi, à laquelle les poëtes mêmes sont forcés de se soumettre, s'ils veulent s'assurer des succès durables. Ils se tromperoient, s'ils s'en [347] reposoient sur leur entousiasme, ou sur leur réputation. Il n'y a que la justesse des expressions, qui puisse acréditer les tours qu'il leur est permis de hasarder; & à cet egard la poësie françoise est une des plus scrupuleuses.
Nous jugeons les poëtes avec plus de sévérité, que ne faisoient les Grecs.
Les poëtes grecs écrivoient pour la multitude qui les écoutoit, & qui ne les lisoit pas. Nos poëtes au contraire écrivent pour un petit nombre de lecteurs, qui ne les jugent qu'après les avoir lus. Il est donc à présumer que la poësie est aujourd'hui jugée plus sévérement.
Il est vrai qu'il ne faudroit pas confondre le peuple d'Athenes avec la populace de nos grandes villes. Mais les peuples à qui Homére récitoit ses poësies, n'avoient pas le goût des Athéniens du tems de Périclès. D'ailleurs une multitude, qui écoute, n'est jamais aussi dificile qu'un lecteur.
Peut-être, dira-t-on, que ceux qui lisoient alors, pouvoient juger avec autant de sévérité que nous-mêmes. Mais il est plus naturel de penser, qu'acoutumés à aplaudir dans la place publique à des choses que nous blâmerions, ils continuoient d'y aplaudir dans leur cabinet; ou que si quelquefois il les critiquoient, il leur étoit plus ordinaire de les aprouver par préjugé.
[348] Quelque éclairée d'ailleurs que fût la multitude, qui faisoit en Grece le succès des poëmes; pouvoit-elle l'etre autant, qu'un petit nombre de lecteurs, dont le goût s'est formé tout-à-la fois par la lecture des grands modeles anciens & modernes, par l'usage du monde, & par les progrès de la vraie philosophie?
Par conséquent les poëtes eux-mêmes se jugent aujourd'hui plus sévérement.
Jugés aujourd'hui plus sévérement, les poëtes se jugent eux avec plus de sévérité. Ils donnent donc plus de soin à leurs ouvrages: ils sont plus scrupuleux sur le choix des expressions; & la plus grande corection est devenue le caractere distinctif de leur stile. Autrefois assurés de plaire, lorsqu'ils entretenoient la Grece de ses jeux, de son histoire & de ses fables; ils l'étoient encore, lorsqu'ils flatoient des oreilles délicates, portées à faire au moins quelques sacrifices à l'harmonie. Aujourd'hui que ces ressources leur manquent, ils sont forcés de chercher un dédommagement dans l'exacte vérité des images & dans la plus grande corection du stile.
Ils perdent les ressources que la mithologie leur offroit & ils en cherchent d'autres dans la philosophie.
En rejetant la mithologie, la poësie a perdu bien des fictions. Si le Tasse lui en a fait trouver de nouvelles dans d'autres préjugés, elle les perd encore parce que ces préjugés ne subsistent plus. Voila bien des images, qui [349] cessent de se former sous son pinceau, & cependant elle doit toujours peindre. Il est vrai que si les ressources diminuent à cet égard, elles se multiplient d'un autre côté, à mesure que les progrès de la philosophie lui offrent de nouveaux objets. Mais les vérités ne se peignent pas avec la même facilité que les préjugés, elles n'ouvrent pas la même carriere à l'imagination, elles obligent à une précision plus scrupuleuse; &, par conséquent, il faut plus de génie pour être poëte. M.r de Voltaire est un modele dans ce genre de poësie.
La poësie italienne a un caractere diférent de la poësie françoise, parce qu'elle a commencé dans des circonstances diférentes.
La poësie a commencé en Italie avec le quatorzieme siecle, c'est-à-dire, longtems avant la naissance de la vraie philosophie, &, par conséquent, dans des circonstances bien diférentes de celles où elle a commencé en France. C'est pourquoi les poëtes italiens, prenant, comme les nôtres, les anciens pour modeles, n'ont pas pu les imiter avec le même discernement. Ils ont mêlé le sacré & le profane: ils ont forcé leur langue à se plier au génie de la langue latine: ils n'ont pas senti la nécessité d'être toujours précis.
N'ayant pas une seule capitale, dont l'usage fût la regle du goût, & dans la nécessité néanmoins de se faire une regle quelconque, les Ita[350]liens ont établi, pour principe, qu'une expression est poëtique, lorsqu'elle se trouve dans un poëte qui a laissé un nom après lui. Ainsi le Dante & Pétrarque sont pour eux des autorités infaillibles. Si les mots, si les tours, dont ils se sont servis l'un & l'autre, ne sont plus usités, la prose seule les a perdus, & la poësie les revendique. On est convenu de les lui conserver, & la langue qu'elle parle, est une langue morte.
Aujourd'hui cependant, même en Italie, peu de personnes étudient cette langue, & peut-être n'est-il pas possible de la savoir parfaitement. Si nous avons de la peine à saisir la vraie diférence entre des expressions analogues, qui nous sont familieres, & s'il nous arrive quelquefois de ne savoir laquelle choisir; cet inconvénient se répétera bien plus souvent, lorsque nous écrirons dans une langue que nous ne parlons plus. Parce qu'une même idée sera commune à plusieurs mots, on suposera qu'ils ont exactement la même signification. On n'imaginera donc pas de chercher les accessoires, qui leur donnent des acceptions diférentes: on les regardera comme de vrais sinonimes: on les employera indiféremment: l'harmonie seule décidera du choix; & la poësie ne sera plus que dans les mots.
[351] Cependant les Italiens se vantent d'avoir une langue pour la poësie, une autre pour la prose, & ils nous plaignent de n'en avoir qu'une pour les deux. Mais au tems du Dante & de Pétrarque, ils n'en avoient qu'une, comme nous; & aujourd'hui, s'ils en ont deux, c'est plutôt pour la commodité des versificateurs, que pour l'avantage de la poësie. Le poëte le plus élégant que l'Italie ait produit, Métastase, a cru en avoir assez d'une seule: il n'affecte pas ce langage poëtique quí tiendroit lieu de génie à tout autre.
L'idée vague qu'on a eue de la poësie a ocasionné bien des préjugés.
Comme nous avons connu les poëtes grecs & latins, avant d'avoir des poëtes nous-mêmes, le stile poëtique, tel que nous l'avons conçu, n'a pu avoir assez d'analogie ni avec nos préjugés, ni avec nos mœurs. Suposant néanmoins qu'il doit toujours être le même, nous avons imaginé une espece d'essence, qui, selon nous, le détermine, & dont nous ne saurions nous faire aucune idée. De-là ces préjugés, qu'il n'y a plus de poësie, si on renonce au merveilleux de la fable; qu'on ne peut être juge d'un poëme, si on n'a pas lu les anciens; & qu'on n'est pas poëte, si on ne suit pas scrupuleusement leurs traces. On ne doute pas qu'il ne faille se connoître en vers latins ou en vers grecs, pour se connoître en vers françois.
[352] Cependant, lorsque nous-mêmes nous n'avions pas encore des poëtes, nous lisions ceux de la Grece ou de Rome, sans avoir le goût que demande cette lecture. Peu capables d'en sentir les beautés, nous les jugions sur leur réputation. Nous ne pouvions donc nous faire de la poësie qu'une idée bien confuse; & nous ne la connoissons mieux que depuis que nous avons des poëtes, & que nous en avons de bons.
Plus les langues qui méritent d'être étudiées, se sont multipliées, plus il est dificile de dire ce qu'on entend par poësie; parce que chaque peuple s'en fait une idée diférente; & que tous étant convenus d'en trouver le vrai langage dans le stile des poëtes de l'antiquité, tous s'acordent à le trouver dans un stile, qui n'est celui d'aucun d'eux en particulier.
Cet acord a jeté dans plusieurs erreurs. Il a empêché de voir que la poësie a un naturel de convention, qui varie nécessairement d'une nation à l'autre. Il est cause que nous n'avons eu une poësie à nous, qu'après avoir vainement tenté d'en avoir une étrangere à notre langue. Enfin il a fait croire que nous pouvions nous essayer avec le même succès dans toutes les especes de poëmes, dont l'antiquité a laissé des modeles.
Les poëtes se forment en étudiant leur langue, plutôt qu'en étudiant les anciens.
[353] Les Grecs ont eu le bonheur de n'avoir pas eu à chercher la poësie chez d'autres peuples plus anciens. Ils l'ont trouvée chez eux: elle est née de leurs préjugés & de leurs mœurs: elle s'est perfectionnée, sans qu'ils eussent prévu ce qu'elle deviendroit. En un mot, ils ne la cherchoient pas, comme nous; & par cette raison elle a pris, sans effort, le caractere qu'elle devoit prendre. Malgré leur goût pour les subtilités & pour la dispute, on ne voit pas qu'ils aient imaginé d'agiter toutes les questions des modernes sur l'essence de la poësie, & sur ses diférentes especes.
Il ne faut donc pas croire que nos poëtes se soient formés, principalement en lisant les anciens. S'ils le disent quelquefois, c'est une modestie affectée; ou si elle est sincere, ils se trompent eux-mêmes. Ils sont devenus poëtes, comme ils le seroient devenus, s'il n'y avoit eu avant eux ni Grecs ni Romains. Ils le sont, parce qu'ils ont consulté la langue qu'ils parloient, plutôt que les langues mortes. En un mot, ils le sont en France, comme on l'a été en Grece.
Ce n'est pas qu'il faille négliger d'étudier les anciens: mais cette étude n'est utile qu'aux poëtes déja formés; & qui ayant assez de [354] goût pour prendre le beau partout où il se trouve, ont assez d'art pour l'acommoder aux préjugés & aux mœurs de leur siecle. Si les langues mortes sont des sources où ils peuvent puiser, il faut qu'ils soient déja grands poëtes pour adapter à leur langue des beautés étrangeres.
On condamne un nouveau genre de poësie, parce qu'il n'a pas été connu des anciens.
Comme nous avons cru pouvoir nous aproprier tous les genres de poësie que les anciens on créés, nous avons condamné ceux qui nous sont propres, lorsqu'ils n'en ont pas été connus. Voila la raison des critiques qu'on a faites de l'opéra, & du mépris qu'on a eu pour Quinault. Cependant tout le tort de ce grand poëte est d'avoir créé un genre: c'est, si je puis m'exprimer ainsi, d'avoir fait des opéra avant les anciens. On auroit dû lui savoir gré d'avoir imaginé un poëme, qui met sous nos yeux le merveilleux de la mithologie.
C'est au génie des poëtes à déterminer le naturel propre à chaque genre.
L'épopée, la tragédie, la comédie, & tous les genres dont l'antiquité nous a laissé des modeles, ont subi chez les nations de l'Europe les révolutions qui se sont faites dans les mœurs. Les noms d'épopée, de tragédie, de comédie se sont conservés: mais les idées, qu'on y atache, ne sont plus absolument les mêmes; & chaque peuple a donné, à chaque [355] espece de ces poëmes, diférens stiles, comme diférens caracteres. Des regles générales sur cette matiere seroient donc sujetes à une infinité d'exceptions: les questions naîtroient les unes des autres, & notre esprit ne sauroit où se fixer. Il ne reste qu'à observer les mœurs & les préjugés de la nation pour laquelle on écrit.
Si l'esprit national préfere les images à la lumiere, le langage sera susceptible de tours plus variés & plus hardis: il sera plus circonspect, plus méthodique & plus uniforme, si l'esprit national préfere la lumiere aux images. Les poëtes étudient cet esprit, en observant les impressions qu'ils ont faites: ils l'étudient, en observant les tours que l'usage autorise. Ils s'apliquent à saisir le fil de l'analogie; & lorsqu'ils l'ont saisi, c'est à leur génie à déterminer le naturel propre au genre dans lequel ils écrivent.
Les poëmes doivent être écrit en vers.
Lorsqu'on s'obstine à disputer sur les essences, il arrive qu'on ne sait plus ce que les choses sont. Quelques modernes ont avancé, qu'on peut faire des odes, des poëmes épiques & des tragédies en prose. Mais la gloire d'un pareil paradoxe ne pouvoit apartenir ni à un Corneille, ni à un Racine, ni [356] à un Voltaire. Il a échapé aux Grecs, qui étoient faits pour épuiser toutes les opinions, jusqu'aux plus étranges (a): & s'il a été soutenu de nos jours, c'est que plus on considere la poësie dans les variations qu'elle éprouve, plus il est dificile de s'arrêter à une même idée. La versification est nécessaire à l'ode & à l'épopée; parce que le ton de ces poëmes ne rentre dans le naturel, qu'autant qu'on est continuellement averti que ce sont des ouvrages de l'art: on n'y trouveroit plus la sorte de naturel qu'on y cherche, si la versification en étoit bannie. Le Télémaque qu'on donne pour un poëme écrit en prose, est une nouvelle preuve que les genres tendent à se confondre. On pouroit le regarder comme une espece particuliere, qui tient de l'épopée & du roman.
La tragédie ne représente pas les hommes, tels que nous les voyons dans la société: elle peint un naturel d'un ordre diférent, un naturel plus étudié, plus mesuré, plus égal. Le mécanisme du vers est donc nécessaire pour [357] mettre de l'acord entre les personnages qu'elle introduit, & les discours qu'elle leur prête: elle plaira plus, étant versifiée médiocrement, qu'étant bien écrite en prose.
Il y a des comédiens, qui, en recitant la tragédie, s'apliquent à rompre la mesure des vers; jugeant que le naturel, dans la bouche d'un personnage tragique, doit être le même que dans la leur. Mais les mêmes raisons qui demandent qu'elle ne soit pas écrite en prose, demandent aussi qu'on la déclame de maniere à laisser apercevoir qu'on récite des vers. D'ailleurs, comme il n'est pas possible de rompre toujours la mesure, il en résulte que le comédien paroît parler tantôt en vers, tantôt en prose, & cette bigarrure ne peut pas le faire paroître plus naturel.
Dans la comédie, les objets, plus ou moins raprochés, paroissent s'écarter des spectateurs avec des directions contraires, suivant les mœurs des personnages qu'elle introduit sur la scene. Quelquefois elle s'éleve jusqu'au tragique: d'autrefois elle descend jusqu'au burlesque: d'ordinaire elle se tient entre ces deux extrêmes. Le ton qu'elle affiche, décidera s'il est à propos de la versifier. On peut, par exemple, l'écrire en prose, on le doit même, [358] lorsqu'elle peint la vie privée, sans rien exagérer, ou du moins en n'exagérant qu'autant qu'il est nécessaire, pour faire ressortir toutes les parties des tableaux qu'elle met sous les yeux.
Conclusion.
En général il suffit d'observer, qu'il y a dans la poësie, comme dans la prose, autant de naturels que de genres; & qu'on n'écrit pas du même stile une ode, un poëme épique, une tragédie, une comédie &c., & que cependant tous ces poëmes doivent être écrits naturellement. Le ton est déterminé par le sujet qu'on traite, par le dessein qu'on se propose, par le genre qu'on choisit, par le caractere des nations, & par le génie des écrivains qui sont faits pour devenir nos modeles.
Il me paroît donc démontré que le naturel, propre à la poësie & à chaque espece de poëme, est un naturel de convention, qui varie trop pour pouvoir être défini; & que, par conséquent, il faudroit l'analiser dans tous les cas possibles, si on vouloit l'expliquer dans toutes les formes qu'il prend. Mais on le sent, & c'est assez.
[Die Anmerkungen stehen als Fußnoten auf den in eckigen Klammern bezeichneten Seiten]
[317] (a) Ce chapitre, tel qu'il est, n'auroit pas été à la portée du Prince dans
le tems que je lui ai fait lire l'Art d'écrire. Aussi n'a-t-il été fait que
long tems après.
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[356] (a) Les Grecs ont eu un préjugé bien diferent: car il a été un tems où ils
n'imaginoient pas qu'on pût écrire l'histoire, ni haranguer le peuple,
autrement qu'en vers.
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Erstdruck und Druckvorlage
Cours d'étude pour l'instruction du prince de Parme,
aujourd'hui S. A. R. l'infant D. Ferdinand
duc de Parme, Plaisance, Guastalle etc.
Tome second. Traité de l'art d'écrire.
Aux Deux-Ponts: [s.n.] 1782, S. 317-358.
Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck
(Editionsrichtlinien)
PURL: https://hdl.handle.net/2027/ucm.5320299486
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