Text
Editionsbericht
Literatur: Viau
Literatur: Elegie
Literatur: Poetologische Lyrik
| 5 | [1] Si vostre doux accueil n'eust consolé ma peine, Mon ame languissoit, je n'avois plus de veine, Ma fureur estoit morte, & mes esprits couverts D'une tristesse sombre, avoient quitté les vers. Ce mestier est penible, & nostre sainct estude |
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| 10 | Ne cognoist que mespris, ne sent qu'ingratitude: Qui de nostre exercice ayme le doux soucy, Il hayt sa renommee & sa fortune aussi. Le sçavoir est honteux, depuis que l'ignorance A versé son venin dans le sein de la France. |
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| 15 | Au jourd'huy l'injustice a vaincu la raison, Les bonnes qualitez ne sont plus de saison, La vertu n'eust jamais un siecle plus barbare, Et jamais le bon sens ne se trouva si rare. Celuy qui dans les cœurs met le mal ou le bien, |
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| 20 | Laisse faire au destin sans se mesler de rien; [2] Non pas que ce grand Dieu qui donne l'ame au monde Ne trouve à son plaisir la nature feconde, Et que son influence encor à plaines mains, Ne verse ses faveurs dans les esprits humains. |
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| 25 | Parmy tant de fuseaux la Parque en sçait retordre, Où la contagion du vice n'a sceu mordre, Et le Ciel en faict naistre encore infinité Qui retiennent beaucoup de la divinité, Des bons entendemens qui sans cesse travaillent |
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| 30 | Contre l'erreur du peuple, & jamais ne deffaillent, Et qui, d'un sentiment hardy, grave & profond, Vivent tout autrement que les autres ne font: Mais leur divin genie est forcé de se feindre, Et les rend malheureux s'il ne se peut contraindre. |
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| 35 | La coustume & le nombre authorise les sots, Il faut aymer la cour, rire des mauvais mots, Acoster un brutal, luy plaire, en faire estime: Lors que cela m'advient, je pense faire un crime. J'en suis tout transporté, le cœur me bat au sein, |
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| 40 | Je ne croy plus avoir l'entendement bien sein, Et pour m'estre souillé de cest abord funeste, Je croy long temps apres que mon ame a la peste; Cependant il faut vivre en ce commun malheur, Laisser à part esprit & franchise & valeur, |
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| 45 | Rompre son naturel, emprisonner son ame, Et perdre tout plaisir pour acquerir du blasme: L'ignorant qui me juge un fantasque resveur, Me demandant des vers croit me faire faveur, [3] Blasme ce qu'il n'entend: & son ame, estourdie |
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| 50 | Pense que mon sçavoir me vient de maladie. Mais vous à qui le ciel de son plus doux flambeau, Inspira dans le sein tout ce qu'il a de beau, Vous n'avés point l'erreur qui trouble ces infames, Ny l'obscure fureur de ces brutalles ames; |
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| 55 | Car l'esprit plus subtil en ses plus rares vers, N'a point de mouvemens qui ne vous soient ouverts, Vous avez un genie à voir dans les courages, Et qui cognoist assez mon ame & mes ouvrages, Or bien que la façon de mes nouveaux escrits, |
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| 60 | Differe du travail des plus fameux esprits, Et qu'ils ne suivent point la trace accoustumee, Par où nos escrivains cherchent la renommee: J'ose pourtant pretendre à quelque peu de bruit, Et croy que mon espoir ne sera point sans fruict: |
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| 65 | Vous me l'avez promis, & sur ceste promesse Je fausse ma promesse aux vierges de Permesse. Je ne veux reclamer ny Muse, ny Phebus, Grace à Dieu, bien guary de ce grossier abus, Pour façonner un vers que tout le monde estime, |
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| 70 | Vostre contentement est ma dernière lime: Vous entendez le poids, le sens, la liaison, Et n'avez, en jugeant, pour but que la raison; Aussi mon sentiment à vostre adveu se range, Et ne reçoit d'autruy ny blasme ny loüange. |
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| 75 | Imite qui voudra les merveilles d'autruy, Malherbe a très-bien faict, mais il a fait pour luy, [4] Mille petits volleurs l'escorchent tout en vie: Quant à moy ces larcins ne me font point d'envie, J'approuve que chacun escrive à sa façon, |
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| 80 | J'ayme sa renommee, & non pas sa leçon: Ces esprits mendians, d'une vaine infertile, Prennent à tous propos ou sa rime ou son stile, Et de tant d'ornemens qu'on trouve en luy si beaux, Joignent l'or & la soye, à de vilains lambeaux, |
85 | Pour paroistre aujourd'huy d'aussi mauvaise grace Que parut autresfois la corneille d'Horace: Ils travaillent un mois à chercher comme à fils Pourra s'apparier la rime de Memphis. Ce liban, ce turban & ces rivieres mornes, |
90 | Ont souvent de la peine à retrouver leurs bornes, Cest effort tient leurs sens dans la confusion, Et n'ont jamais un rais de bonne vision. J'en cognois qui ne font des vers qu'à la moderne, Qui cherchent à midy Phebus à la lanterne, |
95 | Grattent tant le François qu'ils le deschirent tout, Blasmant tout ce qui n'est facile qu'à leur goust, Sont un mois à cognoistre, en tastant la parole, Lors que l'accent est rude, ou que la rime est mole; Veulent persuader que ce qu'ils font est beau, |
100 | Et que leur renommee est franche du tombeau, Sans autre fondement, sinon que tout leur aage S'est laissé consommer en un petit ouvrage; Que leurs vers dureront au monde précieux, Pource qu'en les faisant ils sont devenus vieux: |
105 | [5] De mesmes l'Areignee, en filant son ordure, Use toute sa vie & ne faict rien qui dure. Mais cet autre Poëte est bien plein de ferveur, Il est blesme, transi, solitaire, resveur, La barbe mal peignee, un œil branslant & cave, |
110 | Un front tout renfrongné, tout le visage have, Ahane dans son lict & marmotte tout seul, Comme un esprit qu'on oyt parler dans un linceul; Grimasse par la ruë, & stupide retarde Ses yeux sur un object sans voir ce qu'il regarde. |
115 | Mais desja ce discours m'a porté trop avant, Je suis bien pres du port, ma voile a trop de vent, D'une insensible ardeur peu à peu je m'esleve, Commençant un discours que jamais je n'acheve. Je ne veux point unir le fil de mon subjet, |
120 | Diversement je laisse & reprens mon object, Mon ame imaginant n'a point la patience, De bien polir les vers & ranger la science: La reigle me desplaist, j'escris confusément, Jamais un bon esprit ne faict rien qu'aisément; |
125 | Autresfois quant mes vers ont animé la sceine, L'ordre où j'estois contrainct m'a bien faict de la peine, Ce travail importun m'a long temps martyré: Mais en fin grace aux Dieux je m’en suis retiré. Peu sans faire naufrage & sans perdre leur ourse, |
130 | Se sont advanturez à ceste longue course: Il y faut par miracle estre fol sagement, [6] Confondre la memoire avec le jugement, Imaginer beaucoup, & d'une source pleine Puiser tousjours des vers dans une mesme veine, |
135 | Le dessein se dissipe, on change de propos, Quand le stile a gousté tant soit peu le repos, Donnant à tels efforts ma premiere furie, Jamais ma veine encor ne s'y trouva tarie: Mais il me faut resoudre à ne la plus presser. |
140 | Elle m'a bien servy, je la veux caresser, Luy donner du relasche, entretenir la flamme, Qui de sa jeune ardeur m'eschauffe encore l'ame. Je veux faire des vers qui ne soient pas contraincts, Promener mon esprit par des petits dessains, |
145 | Chercher des lieux secrets où rien ne me desplaise, Mediter à loisir, resver tout à mon aise, Employer toute une heure à me mirer dans l'eau, Ouyr comme en songeant la course d'un ruisseau, Escrire dans les bois, m'interrompre, me taire, |
150 | Composer un quatrain sans songer à le faire. Apres m'estre esgayé par ceste douce erreur, Je veux q'un grand dessein reschauffe ma fureur Qu'un œuvre de dix ans me tienne à la contraincte, De quelque beau Poëme, où vous serez dépainte. |
155 | Là si mes volontez ne manquent de pouvoir, J'auray bien de la peine en ce plaisant devoir, En si haute entreprise où mon esprit l'engage, Il faudroit inventer quelque nouveau langage, Prendre un esprit nouveau, penser & dire mieux, |
160 | Là si mes volontez ne manquent de pouvoir, J'auray bien de la peine en ce plaisant devoir, En si haute entreprise où mon esprit s'engage, Il faudroit inventer quelque nouveau langage, Prendre un esprit nouveau, penser & dire mieux |
165 | [7] Que n'ont jamais pensé les hommes & les Dieux. Si je parviens au but où mon dessain m'appelle, Mes vers se mocqueront des ouvrages d'Apelle, Qu'Heleine ressuscite elle aussi rougira, Par tout où vostre nom dans mon ouvrage ira. |
Tandis que je remets mon esprit à l'eschole, Obligé dés long temps à vous tenir parole: Voicy de mes escrits ce que mon souvenir, Desireux de vous plaire, en a peu retenir. |
Druckvorlage
Les oeuvres du sieur Théophile.
Paris: Quesnel 1621, S. 1-7.
URL: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k714520
URL: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87120570
(Editionsrichtlinien).
Erstdruck
Le second livre des delices de la poesie françoise.
Ou Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps.
Par J. Baudoin.
Paris: du Bray 1620.
Hier u.d.T. "Satyre troisiesme" (S. 326-332).
Kommentierte und kritische Ausgaben
Literatur: Viau
Adam, Véronique: Images fanées et matières vives.
Cinq études sur la poésie Louis XIII.
Grenoble 2003.
URL: https://books.openedition.org/ugaeditions/5724
Cernogora, Nadia u.a. (Hrsg.): Arts de poésie et traités
du vers français (fin XVIe-XVIIe siècles).
Paris 2019.
Darmon, Jean-Charles: Consolations libertines à l'âge baroque.
Poétique de la diversion et éthique de la jouissance selon Théophile de Viau.
In: Revue d'histoire littéraire de la France 124 (2024), S. 381-406.
Folliard, Melaine (Hrsg.): Le Bruit du monde.
Théophile de Viau au xixe siècle.
Paris 2010.
Génetiot, Alain: Le classicisme.
Paris 2005.
Genette, Gérard: Paratexte. Das Buch vom Beiwerk des Buches.
Frankfurt a.M. 2001 (= suhrkamp taschenbuch wissenschaft, 1510).
Hoffmann, Benjamin: The Paradoxes of Posterity.
Translated by Alan J. Singerman.
University Park, PA 2021.
Houghton, L. B. T. / Wyke, Maria (Hrsg.): Perceptions of Horace.
A Roman Poet and his Readers.
Cambridge u.a. 2009.
Nelting, David: "La règle me déplaît..." – Überlegungen zur Selbstautorisierung
manieristischer Lyrik am Beispiel von Théophile de Viau
und Giovan Battista Marino.
In: Sprachen der Lyrik. Von der Antike bis zur digitalen Poesie.
Für Gerhard Regn anlässlich seines 60. Geburtstags.
Hrsg. von Klaus W. Hempfer.
Stuttgart 2008, S. 309-330.
Pavel, Thomas: L'art de l'éloignement.
Essai sur l'imagination classique.
Paris 1996 (= Collection Folio. Essais, 296).
Peureux, Guillaume (Hrsg.): Lectures de Théophile de Viau.
Les poésies.
Rennes 2008.
Peureux, Guillaume / Reguig, Delphine (Hrsg.): La Langue à l'épreuve.
La poésie française entre Malherbe et Boileau.
Tübingen 2024.
Peureux, Guillaume: XVIIe siècle.
In: Dictionnaire du lyrique. Poésie, arts, médias.
Hrsg. von Antonio Rodriguez.
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Saba, Guido: Fortunes et infortunes de Théophile de Viau.
Histoire de la critique suivie d'une bibliographie.
Paris 1997.
Saba, Guido: Théophile de Viau.
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Literatur: Elegie
Bardazzi, Adele u.a. (Hrsg.): The Contemporary Elegy in World Literature.
Leiden 2025 (= DQR Studies in the Lyric, 1).
Buffet, Thomas: Le Renouvellement de l'écriture élégiaque
Chez Friedrich Hölderlin et André Chénier.
Paris 2020.
Burdorf, Dieter: Elegische Weltbetrachtung.
Hölderlin-Spuren in der deutschsprachigen Literatur seit 1980.
Würzburg 2025.
Fuchs, Britta A.: Poetologie elegischen Sprechens.
Das lyrische Ich und der Engel in Rilkes "Duineser Elegien".
Würzburg 2009.
Görner, Rüdiger: Art. Elegie.
In: Handbuch der literarischen Gattungen.
Hrsg. von Dieter Lamping.
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Komura, Toshiaki: Lost Loss in American Elegiac Poetry.
Tracing Inaccessible Grief from Stevens to Post-9/11.
Lanham u.a. 2020.
Loubier, Pierre: La voix plaintive. Sentinelles de la douleur.
Élégie, histoire et société sous la Restauration.
Paris 2013.
Maulpoix, Jean-Michel: Une histoire de l'élégie.
Poétique, histoire, anthologie.
Paris 2018.
Mußgnug, Carl-Philipp: "Enge der Ordnungen" und "Ingrimm der Zeichen". Die
Elegie in der zeitgenössischen deutschsprachigen Lyrik seit den 1990er Jahren.
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URL: https://pub.uni-bielefeld.de/record/2962289
Penzenstadler, Franz: Romantische Lyrik und klassizistische Tradition.
Ode und Elegie in der französischen Romantik.
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Perry, Seamus: Elegy.
In: A Companion to Victorian Poetry.
Hrsg. von Richard Cronin u.a.
Malden, MA 2002, S. 115-133.
Reibaud, Laetitia: L'élégie européenne au XXe siècle.
Persistance et métamorphoses d'un genre poétique antique.
Paris 2022.
Ressel, Andrea (Hrsg.): Trauerpoetik.
Die Elegie im Kontext von deutsch-britischen Literaturbeziehungen, 1750 -1850.
Göttingen 2015.
Schuster, Jörg: Poetologie der Distanz.
Die 'klassische' deutsche Elegie 1750 – 1800.
Freiburg i.Br. 2002 (= Rombach Wissenschaften; Reihe Cultura, 25).
Thorsen, Thea S. (Hrsg.): The Cambridge Companion to Latin Love Elegy.
Cambridge u.a. 2013.
Weisman, Karen (Hrsg.): The Oxford Handbook of the Elegy.
Oxford u.a. 2010.
Ziolkowski, Theodore: The Classical German Elegy.
Princeton, N.J. 1980.
Edition
Lyriktheorie » R. Brandmeyer