Nouveau Larousse illustré
Dictionnaire universel encyclopédique

 

[Lyrique]

 

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LYRIQUE (rik' — du lat. lyricus, gr. lurikos) adj. Qui a rapport à la lyre. || Poésie lyrique. Dans l'antiquité, Poésie qui se chantait avec accompagnement de lyre; auj., Nom générique de l'ode, du dithyrambe, des chœurs. || Poète lyrique. Poète qui fait de la poésie lyrique. — Substantiv.: Pindare, Lamartine, Hugo sont des LYRIQUES.

— Fig. Qui est plein d'enthousiasme, de chaleur, d'inspiration: La magnificence LYRIQUE des paroles.

Théâtre lyrique, Théâtre où l'on joue des pièces mises en musique. || Drame lyrique. V. DRAME.

— n. m. Genre lyrique: Auteur qui excelle dans le LYRIQUE. || Poésie, inspiration, enthousiasme: O'Connell est poète jusqu'au LYRIQUE ou familier jusqu'à la causerie. (Cormon.)

— ENCYCL. Poésie lyrique. La poésie lyrique se distingue des autres genres poétiques par son caractère éminemment personnel. Qu'elle s'inspire des circonstances présentes ou des thèmes éternels: la nature, l'amour, la mort, etc., ce sont toujours les sentiments les plus intimes du poète qu'elle révèle. Non moins individuelle par sa forme, elle varie ses rythmes suivant l'émotion qui l'anime.

Issu d'hymnes très anciens, étroitement liés aux cérémonies du sanctuaire et aux actes importants de la vie, le lyrisme grec formait un ensemble harmonieux de poésie (élément principal), de chants accompagnés par la cithare ou par la flûte, et de danses. Dans les genres lyriques en Grèce, un peut distinguer; 1° ceux qui sont exclusivement personnels comme l'élégie (Callinos, Archiloque, Tyrtée, Mimnerme, Solon, Théognis, Phocylide), la poésie iambique (Archiloque, Simonide d'Amorgos, Hipponax, Ananios), l'ode lesbienne ou ionienne (Alcée, Sappho, Anacréon); et 2° ceux où la personnalité du poète se fait l'interprète des sentiments d'une foule, comme le nome, qui est monodique, c'est-à-dire chanté par une seule voix, ou comme le lyrisme choral, qui comprend lui-même la prosodion, la parthénie, l'hyporchème, le dithyrambe, l'èpinicie, l'encomion, etc. (Thalétas, Alcman, Arion, Stésichore, Ibycos, Simonide de Céos, Bacchylide, Pindare). Chez les Alexandrins, le lyrisme fut surtout représenté par les élégies amoureuses de Callimaque et de Philétas.

Chez les Latins, dont le génie n'était pas naturellement poétique, le lyrisme est un genre emprunté. Ils ont surtout réussi dans l'ode légère imitée des Lesbiens et des Ioniens (Horace, Catulle) et dans l'élégie imitée des Alexandrins (Catulle, Tibulle, Properce), mais Horace essaya sans grand succès de faire passer dans sa langue le lyrisme choral d'un Pindare. A l'époque chrétienne, Prudence fonde un nouveau lyrisme, qui reflète les sentiments de la collectivité chrétienne.

Le génie français fut pendant de longs siècles rebelle au lyrisme. Dans les chansons à danser, chansons de toile, aubes et pastourelles des Xe et XIe siècles, on ne trouve aucun sentiment profond. Sous l'influence des troubadours provencaux, les trouvères de langue d'oil des XIIe et XIIIe siècles chantent l'amour courtois suivant des règles abstraites et conventionnelles: ainsi font Quesne de Béthune, Gace Brûlé, Blondel de Nesle, Guy de Coucy, Thibaut de Champagne, Charles d'Anjou. On trouve bien plus de sincérité dans les haines et dans les plaintes du lyrisme bourgeois qui se développe à la même époque avec les chansons, complaintes, dits, disputes, congés des Colin Muset, Jean Bodel, Adam de La Halle, Rutebœuf. Les poèmes à forme fixe du XIVe siècle: ballade, rondeau, virelai, chant royal, etc., cultivés par Machaut, E. Deschamps, Christine de Pisan, Alain Chartier, sont avant tout des tours de force poétiques. Au XVe siècle, Villon, si personnel dans ses accents de détresse, dans son horreur de la mort, est le premier grand poète lyrique français. L'art des "grands rhétoriqueurs" (Molinet, Jean Marot, Cretin), est tout artificiel. Au XVIe siècle, la poésie lyrique est représentée par Clément Marot, gracieux, mais peu ému, sauf dans les Psaumes, par les poètes ardents de l'école lyonnaise (Maurice Scève, Louise Labé); par Du Bellay, d'une tristesse douce et bien personnelle, par Ronsard à la fois sensuel et mélancolique; par Desportes et Bertaut. Mais, en général, chez Ronsard et chez les poètes de la Renaissance, l'inspiration, étouffée par l'imitation des anciens et des Italiens, semble souvent plus didactique que lyrique. Lyrique par la forme, Malherbe l'est bien peu par le fond; il semble vouloir débarrasser la poésie de tout élément personnel pour la rendre surtout oratoire. Après lui, la poésie lyrique n'est guère cultivée que par des poètes de second ordre, par Théophile, par Maynard, par Racan, que son amour de la nature et ses accents presque lamartiniens mettent pourtant hors de page, par des précieux, qui apportent dans le genre plus de bel esprit que d'émotion (Voiture, Malleville, Sarrazin, Godeau, Saint-Amand, Scudéry, Scarron, etc.). Mais c'est encore dans les fables de La Fontaine, dans les cantiques et dans les chœurs de Racine, qu'il faut chercher les plus beaux accents lyriques qu'ait produits le XVIIe siècle. Sèche, abstraite, sans imagination ni passion, la poésie du XVIIIe siècle est à l'antipode du lyrisme: il n'y a guère que de la rhétorique dans les odes de La Motte, de J.-B. Rousseau, de Thomas, de Lefranc de Pompignan, de Lebrun. Un peu de mélancolie sentimentale se mêle à la volupté dans les poésies légères de Chaulieu, de Voltaire, de Dorât, Beruis ou Parny. Chénier, en dehors de ses belles poésies antiques, qui ne sont pas proprement lyriques, compose des odes oratoires ou des élégies sensuelles. Préparé par J.-J.Rousseau et B. de Saint-Pierre, le lyrisme français atteint au XIXe siècle un magnifique épanouissement, favorisé par le développement de l'individualisme, par l'action des littératures et des métaphysiques septentrionales et par toutes les influences dont l'ensemble a constitué le romantisme. Lamartine, V. Hugo, Musset, Vigny, demeurent les plus grands représentants de la poésie qui prend le "moi" pour centre. Mais déjà, avec Vigny et Théophile Gautier, une sorte de recul du lyrisme se marque, qui s'accentuera dans la poésie parnassienne, objective, érudite, même scientiflque, éminemment artiste, en tout cas, et naturaliste, avec Leconte do Lisle, Sully Prudhomme, Fr. Coppée, J.-M. de Heredia. Avec Verlaine et l'école des poètes dits symbolistes, la poésie tend à suggérer à l'aide de symboles, et non sans appel à des moyens presque musicaux, ce qu'il y a de plus profond dans l'âme.

 

 

 

 

Erstdruck und Druckvorlage

Nouveau Larousse illustré. Dictionnaire universel encyclopédique.
Publié sous la direction de Claude Augé.
Bd. 5. Paris: Larousse o.J. [ca. 1902], S. 806.

Ungezeichnet.

URL: https://archive.org/details/nouveaularoussei05laro

Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck (Editionsrichtlinien).


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