Saint-Georges de Bouhélier

 

 

L'Humanisme

 

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M. Saint Georges de Bouhélier, à propos de l'article de M. Fernand Gregh sur "l'Humanisme" que nous avons publié ces jours derniers, nous adresse la lettre suivante:

Décembre 1902.        

Mon cher Directeur,

Voulez-vous me permettre, à moi aussi, d'entrer dans la querelle qui vient de naître ici à propos de l'Humanisme?

Il y a un mois environ, M. Gaston Deschamps, en critique averti, crut nécessaire, pour qualifier les tendances de la génération nouvelle, de leur appliquer le terme d'humanisme. Evidemment, il ne pouvait pas ignorer que, depuis six ou sept ans, la plupart des jeunes poètes se montrent fort soucieux de clarté, de tradition et de vie, bataillent dans les petites <revues>, publient, écrivent un peu partout sous le nom de naturistes. Il sait bien que le Figaro a inséré en janvier <1897> un manifeste dans ce sens, et qui alors apportait quelque chose de neuf: "Nous chanterons les hautes fêtes de l'homme, disais-je alors dans toute l'ardeur de ses vingt ans. Pour la splendeur de ce spectacle, nous convoquerons les plantes, les étoiles, et les vents. Une littérature viendra qui glorifiera les marins, les laboureurs, nés des entrailles du sol, et les pasteurs qui habitent près des aigles. De nouveau, les poètes se mêleront aux tribus. Ils seront, des citoyens, etc." On avait un peu ri, à leur publication, de ces phrases prophétisantes. Puis on a vu que la jeunesse, presque tout entière, les a prises pour siennes. Et maintenant c'est fini, le Naturisme existe, il a succédé au Décadentisme, il s'est affirmé par des centaines d'œuvres. Et il constitue un fait.

Que M. Gaston Deschamps dénomme "humanisme" un état d'esprit qui porte un <titre> différent pour les jeunes gens, je l'admets. C'est là un droit de critique.

Mais voilà maintenant que M. Gregh écrit: "L'article de M. Claveau sur l'Humanisme a ému toute la jeune littérature." Voilà qu'il a l'air de vouloir parler au nom de celle-ci, voilà qu'il prétend même l'exhorter à aimer la vie, voilà qu'il lui prêche enfin toutes les idées pour lesquelles elle combat avec ou sous étiquette depuis 1896, idées qu'elle a répandues partout, qu'elle a propagées à tel point à l'étranger même, qu'elles sont connues, adoptées, partagées en Russie, en Italie, en Belgique et jusqu'au Brésil où paraît une Revista Naturista. Alors, je ne comprends plus. Qu'est-ce que M. Gregh veut dire? En l'honneur, de quelle nouveauté part-il en guerre? Est-ce l'ardeur du néophyte, converti depuis peu de temps, qui provoque en lui ce prosélytisme? Pourquoi attaque-t-il à présent seulement la génération d'écrivains qui nous précède? Il fallait le faire naguère! Faut-il combattre une influence qui a cessé d'exister? Et qu'est-ce que l'Humanisme enfin a de nouveau, à part, le mot, et encore?

Beaucoup de poètes avant M. Gregh ont durement lutté contre le Symbolisme et à une époque où il existait. Mais aujourd'hui, que signifient des polémiques comme celles-ci: "Les symbolistes, dit M. Gregh, ont abusé du bizarre... jamais chez eux un aveu personnel, un cri, un battement de cœur."

Ah! ces belles phrases-là, comme je les connais! Tout le monde les a écrites depuis quelques années, elles ont traîné dans toutes les revues des jeunes poètes, moi-même j'en ai de ce genre-là sur la conscience! mais je me garderais bien maintenant de porter de pareils jugements sur mes aînés. Oui, maintenant que toute la jeunesse est revenue à la bonne loi, maintenant qu'elle travaille sans crainte, il me semble qu'il faudrait parler un peu sagement. Et, en dépit de nos affirmations d'antan, il convient de dire que le Symbolisme, comme d'ailleurs le Parnasse et comme toutes les écoles, a fourni de hauts talents, des esprits vivants et ardents, des passionnés au cœur fiévreux et agité, des hommes qui, comme Verhaeren, notre seul poète social; Maeterlinck, ce divin docteur de la sagesse; Stuart Merrill, Retté et même Henri de Régnier, ont composé des chants de vie d'une beauté incomparable.

Je crois que j'ai quelque droit, à parler en des termes semblables de mes aînés. Personne ne les a combattus autant que moi, et quand il pouvait être téméraire de le faire. Je puis les louer aujourd'hui que notre effort a vaincu. Mon charmant maître Catulle Mendès a bien voulu me comparer dernièrement à un jeune Rodrigue parti tout armé pour défier mes adversaires de lettres. Qu'il me permette de lui dire que je ne considère plus les symbolistes comme mes adversaires, car ils sont à terre depuis longtemps, c'est-à-dire que leurs théories n'ont plus d'influence, il ne reste plus que des individualités et, celles-ci, la plupart très respectables.

Donc le terrain est déblayé. Toute la jeunesse est d'accord: c'est un seul esprit qui anime son art. Ne cherchons pas d'étiquettes qui ne répondraient à rien de nouveau. Il n'y a plus qu'à travailler sans vaines querelles inutiles, il n'y a plus qu'à travailler à la Renaissance française.

Excusez la longueur de ces explications et croyez-moi, mon cher Directeur, votre tout dévoué

 

SAINT GEORGES DE BOUHÉLIER        

 

 

 

 

 

Erstdruck und Druckvorlage

Le Figaro.
1902, 14. Dezember, S. 4.

Die Textwiedergabe erfolgt nach dem ersten Druck (Editionsrichtlinien).


Le Figaro  : online
URL: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z/date

 

 

 

Literatur

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